Bonnes causes inc.
Bonnes causes inc.
La campagne Buckets for the Cure en partenariat avec Poulet Frit Kentucky.
Dans le documentaire Pink Ribbons Inc. (L’industrie du ruban rose), qui a pris
l’affiche début février, la réalisatrice
Léa Pool décortique la mécanique derrière
l’omniprésence des rubans roses
en Amérique du Nord, en particulier en
octobre, mois de la sensibilisation au
cancer du sein.
Le ruban rose comme symbole a été
créé en 1992. Or, depuis une dizaine
d’années, les annonceurs multiplient
les façons d’associer leur image à cette
« cause de rêve » : soit en promettant d’y
reverser une partie de leurs profits, soit
en commanditant une activité bénéfice,
en général des courses ou des marches
ralliant nombre de « survivantes » du
cancer. Ce qui leur permet d’accoler à
leur marque, le fameux ruban rose.
Implication réelle, ou récupération
marketing ? Dans certains cas, l’association
confine à l’absurde. Telle cette
campagne où American Express versait
1 cent (0,01 $ !) à la cause pour chaque
transaction et ce, peu importe le montant
de l’achat. Ou encore, la campagne
Buckets for the Cure en partenariat avec
Poulet Frit Kentucky. Vous avez bien
lu : en 2010, aux États-Unis, Kentucky
Fried Chicken a mis sur le marché des
barils roses, avec la promesse de contribuer
à la lutte contre le cancer. La campagne
a vite été dénoncée vigoureusement,
non seulement pour le caractère
douteux de l’association, mais aussi
parce que, en fait, les sommes versées
par KFC n’étaient même pas liées à
l’achat de produit. Ce n’est pas pour rien
que l’on a vu apparaître le terme « pinkwashing
», tout comme on parlait déjà
de « greenwashing ».
Et pourtant… Les consommateurs
déclarent s’attarder de plus en plus à la
responsabilité sociale des entreprises.
Chez les membres de la « génération Y »,
ce serait même 90 % qui trouvent important
que les entreprises soutiennent
une cause. La même génération qui, en
passant, a encensé le livre No Logo de
Naomi Klein, qui dénonçait « la tyrannie
des marques », et notamment leur envahissement
de sphères d’activité comme
la culture et la philanthropie, auparavant
l’apanage du domaine public ou des
citoyens. On n’en est pas à une contradiction
près. Il n’empêche que cette
question de l’implication sociale est plus
qu’une mode passagère, et que l’implication
et la responsabilité sont devenues,
pour les entreprises, de réels enjeux.
Mais qu’est-ce qui distingue la véritable
implication de l’opération de récupération
? Parmi les cas sans faille, il y a
sans contredit « l’initiative vraie beauté
de Dove », lancée en 2004, et axée sur la
remise en question des diktats contemporains
de la beauté et le renforcement
de l’estime de soi chez les femmes de
tous âges. Le positionnement tient la
route parce qu’il est en adéquation avec
la façon de faire de Dove, et n’a été entaché
d’aucun faux pas. Mais il ne faudrait
surtout pas que Dove s’avise d’utiliser
des photos retouchées.
L’association à une cause devient un
test de plus, et sans doute le test ultime,
pour le positionnement d’une entreprise.
L’explosion des médias sociaux
entraîne une transparence sans précédent,
et les failles des entreprises, tant
pour le service et la qualité des produits
que pour leur comportement et leurs
valeurs, finissent tôt ou tard par être
exposées. S’associer à une cause revient
à se placer sous une loupe, à braquer sur
soi un projecteur. Pour bien des entreprises,
c’est encore un pensez-y bien.