Pourquoi je ne regarde (presque plus) la télévision
« Je regarde tous les invités qui m’intéressent à Tout le monde en parle ainsi que les débats qui m’interpellent à Bazzo.TV et je ris avec mes enfants devant Les Parent et Modern Family. »
Pendant de nombreuses années, j’ai été
critique de télévision dans les pages de
l’hebdomadaire Voir et de TV Hebdo. À
l’époque, je devais regarder environ 25
heures de télévision par semaine, des
fois plus. Et c’est sans compter les nombreux
visionnements d’émissions destinés
à la presse spécialisée. J’aimais
profondément la télé et je me faisais
un devoir d’être au courant de toutes
les tendances, fussent-elles nées en
Angleterre ou dans le fin fond de l’Asie.
Aujourd’hui, mon poste de télé peut
rester fermé plusieurs jours sans que je
ressente le moindre manque. Pourquoi ?
Soyons honnête, je n’ai pas complètement
coupé le cordon. Je regarde
tous les invités qui m’intéressent à Tout le monde en parle ainsi que les débats
qui m’interpellent à Bazzo.TV. Je
ris avec mes enfants devant Les Parent et Modern Family et je jette souvent un
coup d’oeil à Découverte ainsi qu’au 360 d’Anderson Cooper. Mais il m’arrive de
plus en plus de sauter le bulletin de fin
de soirée (une institution dans ma vie
depuis plus de 25 ans), car il m’apprend
rarement quelque chose que je n’ai pas
vu sur Twitter ou Facebook durant la
journée. En information, mon émission
préférée demeure 24-60, pour
l’intelligence avec laquelle elle fait le
tour de l’actualité de la journée. Mais
à 19h, avec des enfants, rares sont les
moments où je peux l’attraper. Enfin, il
m’arrive paradoxalement de visionner
C’est juste de la TV, une façon tordue
de me tenir au courant de ce qui se fait
à la télévision… sans la regarder. Bref,
si je fais le calcul, je dois « consommer
» environ trois heures de télé par
semaine alors que la moyenne québécoise
tourne autour de 24 heures. Suisje
normale, docteur ?
La télévision n’est pas en perte
de popularité dans la population, au
contraire. Les contenus audio-visuels
sont plus que jamais visionnés, que
ce soit sur la télé, l’ordinateur ou les
appareils mobiles. Mais il y a un pan
de la population, et j’en fais partie, qui
délaisse la télé. Des gens à la recherche
non pas d’un divertissement pur et dur
mais bien de contenu et de profondeur.
Ce sont les mal-aimés de la télévision.
Ils ne font plus partie des publics ciblés
et se reconnaissent bien peu dans le
ton de la programmation actuelle. Ils
n’ont pas envie de perdre leur temps à
regarder un quizz débile, une téléréalité
abrutissante ou une énième émission
consacrée à la décoration ou aux confidences
des vedettes. Les téléromans ne
les intéressent pas et ils regarderont les
bonnes séries (Mad Men, 19-2, etc.) sur
DVD. Ces gens-là rêvent d’émissions
sur le cinéma, la politique, l’éthique,
la littérature (vous souvenez-vous du
Septième, de Jamais sans mon livre,
d’Il va y avoir du sport?). Traitez-les
d’intellos, de snobs ou d’élitistes, ils
financent la télé comme tous les autres
contribuables et aimeraient bien s’y
retrouver davantage. Personnellement,
le temps que je passais à regarder la télé
est désormais consacré à la radio ainsi
qu’à la lecture de magazines et de sites
web sur ma tablette numérique. J’ai
changé ? Peut-être. Et je sais bien que
les grandes chaînes de télévision ne feront
pas faillite à cause de moi. Cela dit,
j’aimerais bien qu’elles ne m’oublient
pas complètement.