Infopresse en version mobile : infopresse.mobi
Créer un compte
Connexion
Double-cliquez dans cette zone pour éditer le bloc.
TITRE DU POSTE
NOM DE LA COMPAGNIE

DESCRIPTION DU POSTE [...]



Concours Infopresse
Notre permadistraction
 
  • Envoyer
  • Imprimer
  • Partager
Notre permadistraction
http://www.infopresse.com/visuel.aspx?id=38074&idimg=1
« Si un jeune est éveillé, il est connecté », déclarait Eric Schmidt de Google.

Je viens d'activer le logiciel sans lequel je ne pourrais plus écrire désormais. Pour une heure, ma connexion internet sera interrompue et mon Mac sera un dactylo de luxe plutôt qu'un portail sur l'univers.

Voilà bien ce que nous essayons tous de faire devant nos écrans : se concentrer sur le travail important—rédiger, analyser, prévoir, créer. Pas facile cependant, quand la machine attitrée à ces tâches permet aussi de vérifier ses courriels 30 fois par heure (la moyenne, selon une étude) ou de se perdre dans les réseaux sociaux, la porno, le poker, Wikipédia… Même lire devient difficile. Nicholas Negroponte, professeur et chercheur au MIT, prédit carrément la fin du livre : « J'adore le iPad, mais ma capacité à lire des textes longs a presque disparu, alors que je suis constamment tenté de vérifier mes courriels, chercher la définition d'un mot, cliquer sur des hyperliens ».

Dans son récent ouvrage We Have Met the Enemy : Self Control in an Age of Excess, Daniel Akst avance que nous ne pouvons tout simplement pas résister à la quantité toujours croissante de tentations qui s'offrent à nous. Alors nous engraissons, accumulons les dettes, gaspillons les ressources de la planète et n'arrivons plus à poser notre attention sur quoi que ce soit très longtemps.

Des constantes tentations hypermodernes, c'est internet qui croît le plus vite. Le domaine connecté s'étend du métro jusqu'à 30 000 pieds dans les airs. « Si un jeune est éveillé, il est connecté », déclarait Eric Schmidt, de Google. Et ce constat dépasse largement cette catégorie d’âge—ma mère, 70 ans, allume son ordinateur dès le saut du lit. Dans The Shallows : What the Internet Is Doing to Our Brains, Nicholas Carr énumère des études indiquant que ce flot d'information et de sollicitations surcharge notre mémoire vive personnelle, nous plongeant dans un état de distraction permanente. Et des études plus récentes démontrent que la seule possibilité d'un courriel nous distrait. Aussi bien dire que nous sommes maintenant toujours distraits. Si tout cela n'était qu'un simple problème de productivité, on pourrait sans doute s'en accommoder, accepter l'ironie, que les outils qui devaient accroître notre efficacité nous aient rendus à jamais improductifs. Mais le risque plus grave est que la distraction ait aussi un impact sur notre paix d'esprit générale, notre niveau de stress, notre bonheur. Notre permadistraction mènerait à notre permadépression.

Peur exagérée, répondent plusieurs. L'être humain s'est adapté à toutes les technologies, de l'écriture à la télévision. De tout temps, des gens se sont pourtant lamentés de ne plus être capables de réfléchir comme avant. Thoreau, par exemple, signalait au milieu du 19e siècle, que beaucoup de ses concitoyens étaient devenus accros au bureau de poste. Dans 100 ans, les craintes quant à l'influence psychique d'internet nous semblerontelles peut-être aussi vieillottes ?

Mais peut-être que non, aussi. Peutêtre que les générations futures seront sidérées par notre soif démesurée de connectivité, par nos huit fenêtres ouvertes en même temps, par nos trois appareils nous envoyant des messages et des sollicitations. Peut-être sommesnous comme ces adolescents découvrant l'alcool, ignorant les bienfaits de la modération. Et peut-être, que de notre capacité à bien utiliser ces formidables outils dépendra la qualité future de notre travail, nos créations, nos relations humaines... Ça mériterait au moins de s'arrêter pour y réfléchir, non ?

Commentaires

  1. Par Ginette Bertrand
    samedi, 24 septembre 2011 à 06:01

    Réflexion très intelligente, votre texte, M. Langelier. J'ai beaucoup apprécié.

Laisser un commentaire

* requis  
* requis