Les marques virales : audace requise
Halo Reach
On a tendance à associer les marques
expérientielles à l’ère interactive alors
qu’en fait, c’est un très vieux concept
ancré dans le principe behavioriste.
Quand l’être humain participe, interagit
et touche, il développe un attachement.
L'interaction rend la marque plus riche
et soude la relation.
Aux États-Unis, la Toyota lance Scion
en plaçant 90 % de son budget publicitaire
en ligne. Elle vise la génération Y
avec un site « scionstyle » où elle présente
des vidéos. Dans l’une d’elles, Big
Daddy Kane, l’un des premiers artistes
rap, fait un retour à Brooklyn. On y devine
à peine la Scion qui l’y conduit, mais
on entre dans l’intimité du rappeur qui
partage ses réflexions sur Brooklyn et
on sent l’émotion des ados qui revoient
leur idole. Le site est peuplé de courts
métrages, d’artistes en studio en séances
d’enregistrement, de performances en
direct, de danse drag, d’événements. Pas
de voitures, pas de spécifications techniques.
La marque devient rapidement
branchée. Elle est attendue avec impatience
au Canada cet automne.
Disney est l’un des plus beaux exemples
de marques expérientielles. À ses
débuts pourtant, ce n’était qu’un studio
d’animation, tout comme l’est Pixar à
l’heure actuelle. Le génie de Walt Disney
a été d’imaginer un paradis où parents
et enfants pourraient rencontrer les
personnages de bande dessinée, serrer la
main de Mickey, toucher Blanche Neige
et vivre dans le monde imaginaire de
l’enfance. Disneyland est sûrement l’une
des expériences de marque les plus interactives
et les plus immersives.
Suivant l’exemple de Disney, Volkswagen
a créé un parc à thème, à Wolfsburg
en Allemagne, avec un pavillon
consacré à chacune de ses marques
– VW, Audi, Skoda, Seat, Bentley – où
aucune voiture n’est exposée. Le pavillon
imprègne le visiteur de l’essence de la
marque à travers l’architecture, le décor,
le style de vie. En entrant, on ne voit pas
la marque, on la sent. Chaque année, des
milliers d’Allemands s’y rendent en train
avec leur famille pour y passer un weekend
entier avant de repartir chez eux au
volant de leur toute nouvelle voiture.
C’est en transformant leurs marques
en expérience que plusieurs entreprises
allemandes haut de gamme ont résisté
à l’assaut de la machine manufacturière
asiatique. Malgré des concurrents
aussi redoutables que Nikon ou Canon,
Leica, établie en 1913, continue à soutenir
sa position ultra haut de gamme en
créant une expérience de marque élite
par ses séminaires professionnels, ses
expositions itinérantes et ses galeries
photographiques prestigieuses dans les
grandes capitales du monde. Vous voulez
un appareil du nouveau modèle M9 ?
Malgré le prix, préparez-vous à quelque
huit mois d’attente.
L’expérience de marque est également
devenue une pratique de pointe
qui contribue au positionnement des
meilleurs détaillants. La stérilité des
anciens supermarchés est remplacée
par l’atmosphère inspirante des magasins
nouvelle génération. IGA théâtralise
ses magasins avec des éclairages
ambiance, des étalages luxuriants de
fruits et légumes présentés comme
des trésors, le tout ponctué de présentations
gourmet. Quand l’expérience
n’est pas machinale, la relation n’est pas
marginale.
Le web permet aujourd’hui de créer
des expériences immersives aussi puissantes
qu’efficaces. En lançant Halo 3
et Halo Reach, Xbox présente l’univers
mental dans lequel oeuvrent les personnages.
Ses productions sont du plus grand
calibre hollywoodien. On ne voit jamais
le jeu, mais on sent la tension psychologique
des personnages, et cette osmose
nous plonge immédiatement dans un
univers bien plus réel que celui du jeu.
Ils peuvent bien venir les autres jeux
interactifs avec leurs fonctions et leurs
écrans : rien ne vaut l’état psychologique
dans lequel Halo nous plonge. C’est là
toute la puissance de la marque expérientielle.
Si seulement Microsoft pouvait
appliquer ce principe à ses logiciels...